Claude Ribbe - Interview Part II

Publié le par Ivannouissant

France métissée, Gouvernement coloré ? Qu'en est-il vraiment ? Est-ce nouveau ?



Apologie du métissage : Que pensez-vous de la diversité affichée du gouvernement Sarkozy ? Certes on y voit plus de « blacks » et de « beurs » que dans tous les gouvernements précédents, est-ce pour vous un signe du temps ou plutôt un leurre ?

Claude Ribbe :
La France n’a pas attendu Nicolas Sarkozy pour avoir des ministres d’origine africaine ni des femmes ministres d’origine africaine. Même si je me réjouis de la présence au gouvernement d’une Française née au Sénégal, d’une Auvergnate d’origine Kabyle (Fadela Amara, qui est par ailleurs une de mes lectrices, est née à Clermont-Frerrand) et d’une Bourguignonne d’origine marocaine puisque Rachida Dati est née en Saône-et-Loire, cela n’a rien de plus extraordinaire à mes yeux que d’avoir un président de la République né à Paris d’un père d’origine hongroise. J’observe que la présence de ces trois femmes - plutôt jolies au demeurant - a l’avantage de répondre à la fois à une exigence de parité bien légitime et à la volonté de représenter la « diversité » (même si on ne sait pas très bien ce que ce mot veut dire). Il ne faudrait pas que cette jolie vitrine cache la réalité française : celle de la négrophobie, de l’islamophobie et, plus généralement du racisme le plus abject. On attend avec impatience qu’il y ait au gouvernement des hommes ministres originaires de l’outre-mer. De ce point de vue, c’est plutôt une régression. Faut-il rappeler qu’un Antillais, Henry Lémery, a occupé le poste de Rachida Dati au cours des années trente ? Faut-il rappeler que l’ivoirien Houphouët-Boigny fut ministre de la Santé, il y a cinquante ans ? Faut-il rappeler que Lucette Michaux-Chevry occupa le poste de Rama Yade il y a plus de vingt ans ? Le plus grave, c’est que personne ne s’en souvient. La classe politique française est à mon avis, consciemment, ou inconsciemment, l’une des plus racistes et l’une des plus communautaristes du monde. Et cela va en empirant. On disait que la droite française était la plus bête du monde. Du point der vue du racisme, la gauche fait jeu égal avec la droite. Et le centre (à supposer qu’il y ait un centre) n’est pas en reste. Un travers presque risible au moment où Obama est en marche vers la Maison Blanche. À la place de Nicolas Sarkozy, qui semble avoir « oublié » les Afro-Antillais mâles non seulement dans son gouvernement, mais aussi dans les cabinets ministériels (ce qui est une première) je me poserais des questions.

Les métis célèbres : Que pensez-vous du, relativement faible, écho fait autour du décès d’Aimé Césaire ?

Claude Ribbe :
Aimé Césaire, comme Simone Weil, comme moi, a osé comparer l’oppression coloniale européenne avec le nazisme qui ne fut qu’une forme d’oppression coloniale extrême appliquée à des Européens par des Européens. L’idéologie française du moment ne veut pas entendre ce discours-là. En même temps, Césaire jouissait d’une forte audience dans le monde. On a donc fait semblant d’honorer le poète en Martinique pour mieux enterrer son discours politique, extrêmement subversif en France. Les censeurs, généralement, sont des imbéciles et la pensée imbécile ne survit pas au temps. Les imbéciles, comme les gens d’esprit, finissent par crever un jour. Le constat de Césaire sera, tôt ou tard, une vérité admise par tous.


Apologie du métissage : Parlez-nous de votre ouvrage "Les nègres de la république".

Claude Ribbe :
Censuré en 2006 par un éditeur qui recevait à sa table les gens qui étaient au pouvoir à ce moment-là. Publié un an plus tard par autre éditeur. Les nègres de la République, c’est une étape importante de mon cheminement. Il contient un chapitre important consacré à la critique de l’idée de négritude. J’ai continué à développer cette pensée dans "Le nègre vous emmerde".

Les métis célèbres : Ségolène Royal durant sa campagne parlait de la France métissée, Nicolas Sarkozy à travers quelques exemples colore sont gouvernement, le métissage est-il à la mode ?

Claude Ribbe : Pas du tout. Je ne vois aucune trace de métissage ni au gouvernement ni dans l’entourage de Ségolène Royal. Nous sommes au contraire dans un système d’apartheid politique, social et culturel. Mais ça pourrait changer brutalement, car cette forme de pensée archaïque ne reflète guère la réalité du pays. On pourrait avoir des surprises. Un sorte d’effet Obama en France. Le propre des surprises, c’est qu’elle sont toujours…surprenantes.

Apologie du métissage : Votre ouvrage Le crime de Napoléon a déclenché une forte polémique, vous attendiez-vous à ça ?

Claude Ribbe : Non. Généralement, la presse mainstream, qui me craint parce que je ne colle pas au stéréotypes, s’efforce de passer mes ouvrages sous silence. Là, elle s’est déchaînée contre moi et cela m’a fait de la publicité. L’omerta s’en est trouvée renforcée pour les ouvrages qui ont suivi Le Crime de Napoléon. Certains éditeurs ont reçu des pressions. Cela ne m’empêche pas de continuer. Et même cela me stimule. Les chiens peuvent bien aboyer, la caravane passe.

Les métis célèbres : Qu’est-ce qui vous a incité ou inspiré à/pour publier "Une saison en Irak" ?

Claude Ribbe : J’ai été l’un des premiers à me soucier de la situation de l’Irak occupé par les Américains et des violations des droits de l’homme perpétrées à cette occasion. Bassora, où se situe une partie de mon récit, était une ville symbolique puisque s’y produisit, au haut Moyen-âge, la plus importante révolte d’esclaves d’origine africaine avant l’insurrection haïtienne de 1791. Cette révolte est complètement ignorée. Ce livre avait un an ou deux d’avance. Il est donc passé inaperçu. Heureusement, le succès éphémère n’est pas toujours le signe qu’un livre est important. C’est pourquoi je suis écrivain et pas journaliste. L’éphémère ne m’intéresse pas.

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